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Internationale Fraendag

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1989-2011

Politique de promotion féminine: De la rue vers les institutions

Depuis les années 1980 le nombre de membres du MLF régresse. L’élan du début semble s’être arrêté et la relève, qui aurait pu poursuivre le travail et les buts du MLF, tarde.

Le Luxembourg se donne un ministère de la promotion féminine

Après 1992 il semble illusoire de garder en vie le MLF comme mouvement militant, et le Cid-femmes (Centre d’information et de documentation des femmes – Thers Bodé) est fondé avec l’aide d’autres activistes. L’ouverture a lieu lors de la Journée internationale de la femme le 8 mars 1992, rue de Hollerich.1

Le nouveau mouvement des femmes considère en général les années 1990 comme une phase d’institutionnalisation croissante.

Depuis 1989, une division appelée « Service de la promotion et de la condition féminine » fonctionnait auprès du ministère de la famille ;  en 1995 le nouveau premier ministre Jean-Claude Juncker (CSV) suit l’exemple des pays européens voisins et crée un ministère spécifique de la promotion féminine.

Parallèlement à l’ancrage de la politique de promotion féminine au niveau d’un ministère, la politique communale s’engage de plus en plus en faveur des femmes et de l’égalité entre les sexes, par exemple par la nomination de délégués à la condition féminine sur le plan communal.2 En plus, une campagne appelant les communes luxembourgeoises à mener une politique d’égalité entre femmes et hommes est lancée en 1995.3

L’influence internationale sur la promotion de la femme au Luxembourg

Le processus d’unification européenne a des conséquences positives sur la politique de l’égalité des sexes, vu que les états membres sont obligés à adapter leurs lois aux standards européens. Le concept du Gender Mainstreaming fait ainsi son entrée dans les institutions de l’Etat depuis 1997 et le traité d’Amsterdam, et est également généralisé au Luxembourg.4

Les Nations Unies donnent à leur tour d’importantes impulsions en ce qui concerne l’égalité des sexes, par la conférence des femmes en 1995 à Pékin par exemple. Dans ce contexte, il devient évident que, dans ce contexte de globalisation, le mouvement des femmes ne peut plus se limiter au cadre de l’Etat national. Dès lors, le gouvernement luxembourgeois analyse et documente le développement de la politique de promotion féminine et de l’égalité des sexes pour le secrétariat de l’ONU-CEDAW.5

En 1996 la « commission de l’Egalité des chances entre femmes et hommes et de la Promotion féminine » est créée à la Chambre des Députés. Chaque année, pour la Journée internationale de la femme, la commission organise à la chambre un débat d’orientation centré sur ce sujet en vue de développer des propositions pour l’élimination de discriminations. Depuis 1997 y sont traités des sujets tels que : les femmes dans le domaine du travail rémunéré; l’égalité des chances; les femmes à des postes de décideurs; les femmes et les élections; violences domestiques; dimensions du genre dans les domaines de l’éducation, de la culture et du travail; la situation économique et sociale des femmes; égalité des chances entre femmes et hommes ; mise en œuvre des propositions parlementaires.6 En 2004 la commission parlementaire de l’Egalité des chances entre femmes et hommes et de la Promotion féminine est cependant supprimée. La commission de la famille s’occupe de nouveau de ce sujet.

En 2004 le ministère de la promotion féminine est rebaptisé « Ministère de l’Egalité des chances ». Selon le nouveau programme de gouvernement, des cellules de compétence du genre sont créées dans les ministères à partir de 2005. Leur fonction est d’analyser l’impact de toutes les actions politiques du ministère en question sur les femmes et les hommes. Les cellules de compétence doivent établir un plan de travail qui consigne les mesures en faveur de l’égalité des sexes du ministère respectif.7

Bien que le Luxembourg ait ratifié dès 1989 la convention internationale sur l’élimination de toute forme de discrimination des femmes, mise en vigueur en 1979, ce n’est qu’en 2006 que le principe de l’égalité entre femmes et hommes est explicitement entériné dans la constitution luxembourgeoise.8

La lutte contre la discrimination n’est pas encore finie

L’objectif que s’est donné l’UE de devenir jusqu’en 2020 l’espace économique le plus important et le plus moderne du monde (stratégie de Lisbonne) concerne aussi les femmes : des aspects comme l’accroissement du taux d’activité féminine, un renforcement conséquent de la prise en charge des enfants depuis le premier âge, la promotion des femmes dans la science et la technique sont à mettre en œuvre au Luxembourg aussi. Mais en même temps la situation économique s’aggrave pour les parents célibataires (dont plus de 80% sont des femmes) et les petits salaires, qui sont exposés à la flexibilisation de l’emploi et des horaires de travail.

Sur l’initiative du service à l’égalité d’Esch et en collaboration avec des syndicats et organisations de femmes, les discussions lors du 8 mars 2005 tournent autour des conséquences de la stratégie de Lisbonne sur la vie des femmes, sous la devise : « En route vers Lisbonne – et l’égalité entre femmes et hommes dans l’emploi ? ». Des revendications sont remises à la ministre de l’Egalité des chances.

La loi sur la violence domestique, élaboré d’après le modèle autrichien et votée en 2003, constitue une importante conquête de l’organisation de femmes « Femmes en détresse », qui se fait fort pour les femmes victimes de violences domestiques. Cette loi prévoit le bannissement à terme du ou de la coupable de violences du domicile commun.

Concernant le droit de disposer de son corps, l’émancipation n’est pas encore atteinte non plus. Le sujet de la dépénalisation de l’avortement reste d’actualité 32 ans après la stricte réglementation basée sur le principe des indications. En 2010 ce sujet se retrouve au centre de la Journée internationale de la femme : Le 25 février 2010 s’est constitué le collectif « Si je veux – pour l’autodétermination de la femme », qui s’oppose à la proposition de loi pour la réforme de l’avortement. Le collectif qui regroupe des personnes privées, des organisations de femmes et des organisations de jeunes des partis, exige qu’une réforme de la loi sur l’avortement s’abstienne de toute criminalisation de la femme qui se décide pour un avortement et qu’elle respecte le droit de la femme à l’autodétermination dans tous ses aspects.9 La première action fut une pétition, qui a été publiée lors de la Journée internationale de la femme 2010.

La politique de doublure après la militance

L’institutionnalisation de la politique de l’égalité des droits va de pair avec le repli de la militance féministe, telle qu’elle s’exprimait autrefois dans les activités du MLF. L’image de femmes et d’hommes dans les rues à l’occasion de la Journée internationale de la femme a disparu complètement. La plupart sont favorables à l’institutionnalisation, mais on déplore quand même l’absence d’un mouvement autonome radical de femmes.10 L’absence d’une présence publique pluri-féministe, qui serait propice à des controverses et au développement de stratégies, s’avère comme un déficit important.11

Malgré cela, il est remarquable que le 8 mars constitue toujours, et d’une manière croissante, une occasion d’attirer l’attention sur des aspects de l’égalité des droits et des droits de la femme, et de manifester des revendications politiques, dans des communiqués de presse, des conférences, des tables rondes ou des débats. Beaucoup de médias agissent de manière proactive et dessinent, dans des reportages ou dans des articles de fond, une image actuelle de la situation de la femme au Luxembourg et dans le monde. Des institutions culturelles et des cinémas aussi profitent du contexte de la Journée internationale de la femme pour mettre en avant des sujets de femmes et pour toucher les femmes comme public cible : Ainsi la pièce de théâtre de Eve Ensler « Les Monologues du vagin » est présentée pendant plusieurs années au mois de mars, dans différentes mises en scène. Des magasins, des bars et des restaurants également saisissent l’occasion de la Journée de la femme pour attirer des clientes de façon ciblée. Ici les intérêts commerciaux priment sur le travail d’éducation politique.

100 ans après l’introduction de la Journée internationale de la femme il apparaît clairement que des discriminations existent toujours, qu’il vaut la peine de combattre en tant que femme. La réforme sur l’avortement annoncée en est un bon exemple, et d’autres sujets – comme par exemple la sous-représentation des femmes dans l’économie et la politique, la discrimination salariale ou le piège des pensions de retraite féminines – reviennent au centre des débats.

2012 va marquer le 40e anniversaire de la création du MLF à Luxembourg, le Cid-femmes pourra témoigner de 20 ans d’activité. Le mouvement des femmes peut déjà se prévaloir d’une riche histoire, pleine de combats – aussi au Luxembourg. Mais l’histoire continue, les femmes l’écriront.


1 Cid-Info n°1/2003, p. 1-2.
2 Rosemarie Nave-Herz, Geschichte der Frauenbewegung in Deutschland, Bonn 1988, p. 93-104.
3 http://www.cnfl.lu/site/polcommunale.html.
4 Christine Thon, Frauenbewegung im Wandel der Generationen. Eine Studie über Geschlechterkonstruktionen in biographischen Erzählungen, Bielefeld 2008, p. 30.
Ministère de l’Egalité des Chances (édit.), Gleiche Rechte für Mädchen und Jungen, Frauen und Männer, Luxembourg 2006, p. 22-24.
5 Christine Thon, op. cit., p. 30-31.
6 Ministère de l’Égalité des Chances (édit.), op. cit., S. 23.
7 ibidem, p. 26.
8 ibidem, p. 27.
9 Communiqué de presse du 3 mars 2010 http://www.cid-femmes.lu/id_article/688.
10 Nadine Geisler, Frauenbewegung in Luxemburg. Von ihrer Entstehung bis zur Institutionalisierung, thèse pour l’obtention du master à l’université de Luxembourg 2010, p.124.
11 Ilse Lenz, Frauenbewegungen: Zu den Anliegen und Verlaufsformen von Frauenbewegungen als soziale Bewegungen, in: Ruth Becker, Beate Kortendiek (édit.), « Handbuch Frauen- und Geschlechterforschung », Wiesbaden 2008, p. 868.
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